Plantu et d'autres caricaturistes exposent à Molenbeek

18/11/2017

Ce vendredi, nous avons inauguré l'exposition "Traits d'union" qui se tiendra au Château du Karreveld jusqu'au 30 novembre. Le choix des oeuvres s'est fait en co-commissariat avec un groupe de jeunes de l'atelier ciné-photos de la Maison des Cultures.

Voici le petit mot que j'ai adressé lors du vernissage :

"Ce soir, le vernissage de cette exposition, c'est un moment important. Cette exposition est un moment important mais aussi et surtout tout ce qu'il s'est passé autour. Tout un travail a été mené avec les jeunes. Et je voudrais remercier Plantu et Cartooning for peace d'avoir proposé cette collaboration.

Juste après les attentats de Charlie Hebdo, le choc et l'émotion rendaient le débat très difficile en France, bien sûr, mais aussi en Belgique. Les enseignants, les travailleurs sociaux se sentaient désemparés pour mener un
débat, une discussion sur cette actualité sanglante. En état de choc et avec l'émotion, mener le débat sur la liberté d'expression était difficile voire impossible à ce moment-là. Cependant des initiatives ont été prises, si pas pour parler frontalement de la liberté d'expression, au minimum pour libérer la parole, donner aux jeunes un cadre sécurisé où ils sentaient qu'ils pouvaient parler, exprimer leur ressenti avec leurs mots, sans directement qu'on leur tombe dessus et qu'on les juge. Et à partir de là, leur permettre de construire et/ou déconstruire certaines pensées, certaines réflexions.

Ensuite, il y a eu les attentats du 13 novembre, Molenbeek s'est retrouvée au cœur de l'actualité. Ce fut un moment éprouvant, un moment de doute
et de questionnements face à ces terroristes venus de nos quartiers. Pourquoi, comment a-t'on pu en arriver là? Les questions fusaient de partout, aec une surmédiatisation difficile. Pour nous élus, pour tous les habitants, mais aussi et surtout pour les jeunes encore plus ciblés par les sujets médiatiques. Beaucoup d'entre eux se sont battus, à ce moment-là, pour défendre leur commune, répondre aux questions des journalistes, donner leur image de Molenbeek. Et parfois, ils en sont sortis déçus, déçus parce que ce qu'ils voyaient dans les médias ne correspondait pas à ce qu'ils avaient transmis comme informations. Cette déception a amené des questions. Si les médias transforment notre propos, donnent une image faussée de notre commune, qu'en est-il du reste de l'info ? Comment garder la confiance en les médias ? Comment ne pas céder aux sirènes des théories du complot ? Les jeunes ont alors mis en place toute une série d'initiatives ; Certains ont créé leur propre média, d'autres sont allés à la
rencontre directement des gens, notamment à Paris, en distribuant des free hugs, en rendant un hommage au Bataclan,...

Et puis, aujourd'hui est arrivée la proposition de Plantu et je l'en remercie car
c'est une étape supplémentaire. Tous les débats, les questionnements, les
initiatives déjà prises, le temps qui passe aussi permettent qu'aujourd'hui
l'on puisse débattre plus directement de la liberté d'expression, de la
caricature; jusqu'où peut-on aller, qu'est-ce qui est autorisé, qu'est-ce qui
ne l'est pas, en partant du ressenti de chacun.

C'est ça aussi le faire ensemble :  de là où on est, chacun avec nos réalités, nos identités, on a le droit de défendre ce qu'on est, mais uniquement si on respecte le droit de l'autre d'être aussi ce qu'il est. Je  pense que les débats autour de ces caricatures permettent ces réflexions-là. Et je fais le pari que les jeunes qui ont participé à ce co-commissariat, sont aussi des ponts entre un monde d'adultes et un monde de jeunes qui ne se comprennent pas toujours. Merci à vous Eslem, Zara, Uma, Esen, Yassin, Ahsan, Asma, Housna et Maya. On est fiers de vous et de tous les jeunes qui au quotidien contribuent à faire de Molenbeek cette commune qu'on affectionne tant."