Culture et subversion

12/10/2017

En décembre 2016, nous retrouvions tout doucement un rythme normal. La Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale programmait la pièce « Les enfants de Don Juan », une création théâtrale in situ avec Ben Hamidou et Sam Touzani, deux enfants de Molenbeek.

Le journal Le Soir a alors publié un article  http://plus.lesoir.be/73645/article/2016-12-16/y-t-il-encore-une-place-pour-la-subversion-molenbeek intitulé "Y a-t-il encore une place pour la subversion à Molenbeek?". Cet article m'a mise hors de moi. J'ai donc écrit ces quelques mots que je n'ai pas publiés à l'époque.


On le dit trop peu, Molenbeek est déjà en soi un repaire d'artistes (et non de terroristes) : des compagnies de danse prestigieuses comme La raffinerie (Charleroi Danse), Michèle Noiret, Rosas,... ainsi que IMAL, le MIMA, la résidence d'artistes Lavallée et toute une série d'artistes reconnus mondialement ont leurs ateliers, leurs locaux sur notre territoire. Ils sont sans doute encore trop peu connus et reconnus par la population locale et même par les autorités locales, mais leur présence et leur complémentarité avec des initiatives plus participatives ou citoyennes comme le Brass'art, Cinemaximiliaan, l'Epicerie,... est pour moi porteuse d'espoir.

La bonne collaboration entre ces acteurs culturels et les instances publiques(dont l'incontournable Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale) ne peut être que bénéfique pour notre population.

En décembre 2016, nous retrouvions tout doucement un rythme normal. La Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale programmait la pièce « Les enfants de Don Juan », une création théâtrale in situ avec Ben Hamidou et Sam Touzani, deux enfants de Molenbeek.En décembre 2016, nous retrouvions tout doucement un rythme normal. La Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale programmait la pièce « Les enfants de Don Juan », une création théâtrale in situ avec Ben Hamidou et Sam Touzani, deux enfants de Molenbeek. le premier n'a jamais vraiment quitté sa commune même s'il est parfois en colère avec elle. Le second l'a quittée et s'en est vu même "chassé" par l'ancien bourgmestre ; n'ayant pas sa langue en poche, certains de ses propos ont crispé et, dit-il, Moureaux l'a considéré comme persona non grata à la Maison des cultures.

Depuis 2012, Sam Touzani, est de nouveau accueilli à Molenbeek et à la Maison des cultures et de la Cohésion sociale et, que l'on aime ce qu'il dit ou pas, c'est tant mieux.

Donc en décembre 2016, ils jouaient tous les deux dans cette pièce. Je comptais bien aller la voir quand je suis tombée sur un article du Soir qui m'a mise hors de moi. « Quelle place pour la subversion à Molenbeek » qui partait du constat que cette pièce n'avait pas réussi à remplir la salle de la MCCS, en disant que la pièce avait été boycottée, les affiches arrachées et concluant sur le fait que Molenbeek n'était pas prête à accueillir un discours subversif.

cet article me fâchait pour au moins deux raisons : C'était encore un article qui voyait le verre à moitié vide plutôt qu'à moitié plein. Certes il n'y a pas eu le monde escomtpé pour cette pièce. Mais l'article n'en incombe la responsabilité qu'aux associations qui auraient « boycotté » la pièce. La pièce n'a effectivement pas réussi à attirer le public associatif. Les raisons sont multiples et nuancées : on était en pleine période d'examens des jeunes. Le titre « les enfants de Don juan » ainsi que l'affiche était fort abstrait et peu attractif. Par ailleurs, s'il est vrai que la réputation de Sam Touzani, à Molenbeek, est un peu sulfureuse, le retour qui est aussi fait, tant par rapport à lui qu'à Ben Hamidou, c'est l'envie de voir autre chose et pas toujours les mêmes têtes et les mêmes propos (Ben Hamidou est presque chaque année sur les planches de la MCCS). Donc, oui, le secteur associatif a répondu moins présent qu'à l'habitude mais n'a pas boycotté ni appelé au boycoot. L'article dénonçait ensuite l'arrachage des affiches comme un signal supplémentaire du refus de la subversion. Ni le titre, ni l'image ne laissait supposer d'une quelconque subversion dans cette pièce. Par ailleurs, il est vrai que certaines des affiches ont été arrachées mais pas toutes, et il s'avère qu'en fait, pour chaque spectacle, les affiches sont arrachées... Même celles d'Abdel Nasser et son spectacle « Retourne dans ton pays » qui a un succès de foule et qui est étiquetté comme plus « communutariste »... Enfin, Ce que l'article ne dit pas c'est que depuis la surmédiatisation de Molenbeek, la MCCS a vu son public non molenbeekois diminuer. Oui, malheureusement, plus de gens ont peur de venir à la MCCS aujourd'hui.

Sam Touzani n'a pas pu jouer pendant des années à la MCCS. Maintenant, il peut revenir, il joue et, certes, s'il n'emporte pas l'enthousiasme, il n'y a personne qui vient lui jeter des tomates ou l'insulter. Et c'est pour moi une très bonne chose qu'il revienne jouer. Il faudra sans doute encore un peu de temps pour le réconcilier entièrement avec le public molenbeekois

Dans cet article, le journaliste met en doute le fait qu'il y ait de la place pour la subversion à Molenbeek. Toutd'abord, à considérer que cette pièce est subversive pour le public molenbeekois (ce qui n'est pas mon avis après l'avoir vue), cette pièce est loin d'être subversive aux yeux de la société majoritaire. Est-ce qu'une pièce qui serait réellement subversive aux yeux de la société majoritaire remporterait-elle plus de succès auprès du public habituel des théâtres ? Pas sûr du tout ! C'est le propre même de la subversion : renverser, secouer l'ordre établi. Y a-t-il réellement bcp d'œuvres subversives dans nos théâtres aujourd'hui ? Alors pourquoi pointer seulement Molenbeek ? Parce que depuis un certain temps, il est tellement facile de pointer les défis de Molenbeek, mais en montrant les multiples pailles qui sont dans l'œil de Molenbeek, cela évite parfois de voir les poutres que la société majoritaire a dans ses propres yeux.