Extrait
Molenbeek dans la tourmente des attentats

Molenbeek, dans la tourmente des attentats

Pages 141-142

En janvier 2015, les attaques contre la rédaction de Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher ont été un immense choc et, il faut le dire, l'objet de polémiques et de débats tendus, notamment pour celles et ceux en contact avec les jeunes. Il s'agissait, dans l'émotion du moment, de choisir son camp : être Charlie ou ne pas l'être. C'était presque irrationnel, la nuance n'avait plus voix au chapitre.

Je me souviens de la profonde incompréhension de nos enseignants, de nos éducateurs et des acteurs de première ligne face à l'attitude de jeunes qui réagissaient à contre-courant et dont certains semblaient presque justifier l'attaque contre l'hebdomadaire satirique. Chacun a alors pris conscience qu'il était fondamental d'agir, de mieux comprendre, de s'outiller et, par conséquent, de quitter les postures moralisatrices, compréhensibles mais inefficaces.

Les initiatives que j'avais développées en matière de prévention de la radicalisation violente tout comme la dynamique enclenchée en matière de dialogue interculturel ont pris une ampleur plus importante.

Au niveau de mon cabinet et des services concernés, nous avons proposé toute une série d'actions à destination des professionnels, des jeunes ou des familles, telles la diffusion de la pièce de théâtre Djihad d'Ismaël Saidi ou encore l'organisation de rencontres avec des personnes légitimes aux yeux des jeunes pour évoquer ces sujets difficiles (comme Mourad Benchellali, parti en Afghanistan en 2001 et détenu trois ans à Guantánamo, qui va à la rencontre des jeunes pour témoigner et les mettre en garde).

La mise sur pied de groupes de paroles, de séminaires à destination des acteurs de première ligne, de séances de ciné-débats, l'organisation du premier grand repas interculturel sur la place communale à l'occasion du ramadan et toute une série d'autres initiatives nous ont permis d'avancer une réponse démocratique et inclusive à l'enjeu de la radicalisation violente. Ce furent autant d'occasions pour les enseignants, les animateurs et les éducateurs de prendre part au débat, de verbaliser, de mettre des mots sur des maux, d'aiguiser leurs connaissances et d'améliorer leur confiance en eux ; autant de moments pour leur permettre directement de s'exprimer ou, au minimum, d'entendre différentes grilles de lecture.