Extrait
Quand les jeunes donnent de la voix

Quand les jeunes donnent de la voix

Pages 103-104

Parmi les projets culturels et artistiques initiés à Molenbeek, il en est un qui m'a particulièrement touchée.

C'était en 2015. La compagnie de théâtre Ras El Hanout lance son premier festival de théâtre jeunesse. L'idée est que différents groupes de jeunes de plusieurs communes bruxelloises montent leur pièce et se retrouvent le temps d'un week-end dans un festival sous l'oeil d'un jury. Je décide de soutenir financièrement la participation de jeunes Molenbeekois à ce projet. Je confie aux équipes du

Pôle Jeunesse, que j'ai mis en place, le soin de mobiliser les jeunes. Ils sont nombreux à vouloir participer à ce festival, assez pour constituer deux groupes différents qui plancheront chacun sur la création d'une pièce de théâtre. Ils ont entre 16 et 20 ans et ont des parcours familiaux et scolaires très différents. Certains jeunes sont à l'université ou en passe d'y entrer, d'autres sont en décrochage scolaire. La première pièce créée avait pour thème la recherche d'emploi et les discriminations à l'embauche. La seconde, qui a été le coup de coeur du festival, s'intitulait Le Procès de la jeunesse : dans une cour de justice, on y mettait en scène un procès intenté par la société « majoritaire » contre la jeunesse issue de l'immigration. Cette pièce courte, rythmée et efficace, mélangeant humour et gravité, était un véritable cri du coeur des jeunes exprimant leur ras-le-bol d'être toujours incompris, particulièrement stigmatisés et discriminés à cause de leur statut de « fille et fils d'immigrés ». Cette pièce m'a particulièrement touchée grâce à la qualité des répliques, de la mise en scène et à l'efficacité de la mise en récit de ces difficultés que vivent et ressentent les jeunes.